Concert inclusif à Versailles
le 20 mai 2025
Mozart rencontre Rossini !
Un spectacle musical | Airs, duos, trios et ensembles vocaux.
Un partenariat avec le CRR
Une mise en scène de Pier Lamandé
Coordination : Laura Holm et Régine Orlik
Les classes de chant du Conservatoire redécouvrent des extraits des chefs-d’oeuvre de deux grands maîtres : Mozart (1756-1791) et Rossini (1792-1868). Deux magiciens de l’art lyrique au style innovant et remarquable, qui partageaient un goût certain pour l’opéra et… l’humour !
La mise en scène a été confiée à Pier Lamandé, acteur, dramaturge et metteur en scène. Formé au cours Florent, on se souvient qu’il dirigea les chœurs pour le spectacle Fantasio, joué au Théâtre du Châtelet à l’occasion de la réouverture de l’Opéra Comique en 2017. Et de son apport remarquable à la mise en scène de Un jour, j’ai rêvé de toi lors du Festival Pleins Feux sur la jeune création, un spectacle repris un an plus tard au festival d’Avignon.
Pier Lamandé est par ailleurs particulièrement engagé dans des activités de pédagogue, à l’École Nationale Supérieure du Théâtre National de Bretagne, à l’Université de Poitiers ou encore auprès de divers publics, dans des hôpitaux psychiatriques, au sein de prisons ou encore avec des enfants.
La coordination du spectacle est assurée par Laura Holm et Régine Orlik.
En savoir plus
Laura Holm est diplômée du CNSMDP. C’est une mezzo-soprano franco-américaine aux goûts particulièrement éclectiques. Elle est également titulaire d’un Diplôme de Formation Supérieure aux Métiers du Son. Elle a collaboré en tant qu’ingénieure du son à des projets avec notamment le Quatuor Ardeo, le festival de l’Août Musical de Deauville, et Les Arts Florissants. Une grande voix…
Régine Orlik, mezzo-soprano, s’est formée aux Conservatoires de Strasbourg et de Metz. Elle est aussi pianiste et titulaire d’une Maîtrise de Musicologie et du Diplôme en pédagogie musicale de l’Université de Strasbourg. Elle se passionne très tôt pour l’enseignement musical et enseigne le piano, l’éveil musical et la formation musicale, avant de se spécialiser dans la pédagogie de la voix. Régine Orlik est, au CRR de Versailles, titulaire du cours de chant lyrique et de deux ateliers : l’atelier lyrique et l’atelier corps et respiration.
L’humour chez Mozart et Rossini :
entre malice, satire et génie comique
L’humour chez Mozart et Rossini est une composante essentielle de leur art. Il révèle leur personnalité complexe et leur capacité à mêler génie musical et esprit ludique. Mozart, avec son humour parfois corrosif et libertaire, et Rossini, avec sa verve théâtrale et son sens du comique, ont su enrichir la musique classique d’une dimension joyeuse, critique et profondément humaine. Leur humour, qu’il soit subtil ou explosif, continue de charmer, d’inspirer et d’intriguer les mélomanes du monde entier.
L’humour chez Mozart : subtilité, provocation et irrévérence
Mozart est célèbre pour son humour à la fois fin, espiègle et parfois très cru. Pour surprendre et amuser, il est souvent dans les extrêmes. Il manie, en effet, la plaisanterie musicale avec une grande habileté, utilisant la parodie, le grotesque, et même la scatologie.
PLAISANTERIES MUSICALES ET IRONIE
On trouve fréquemment chez Mozart, ici ou là, des traits humoristiques d’une certaine subtilité. On pense au final du Quintette pour cor et cordes K. 407 où le dialogue entre les instruments évoque des échanges de l’ordre de la badinerie. À propos du cor, justement, Mozart entretenait une relation amicale avec le corniste le plus en vue à Vienne : Joseph Leutgeb. Dans les manuscrits de ses concertos pour cor, Wolfgang ajoute des annotations moqueuses, parfois en italien (*), traitant Leutgeb d’âne (asino) ou de bœuf (bue) et l’encourageant à souffler plus fort dans tel passage ou, au contraire, à ne pas s’essouffler dans tel autre. Ces plaisanteries visaient à déstabiliser gentiment le soliste : simple taquinerie.
(*) Les annotations manuscrites des concertos pour cor figurent dans les archives de la Fondation Internationale Mozarteum à Salzbourg.
Une œuvre représentative de cette forme d’humour est La plaisanterie musicale K. 522 (datée du 14 juin 1787). Ce divertimento présente un florilège d’erreurs de composition qui n’a d’autre but que de parodier les musiciens peu compétents.
Une œuvre limite ? Certes. Une réelle bouffonnerie ? En tout cas, un des rares exemples artistiques (dans toute l’histoire de la musique) d’une œuvre délibérément « ratée ». Le premier mouvement commence à la dominante (et non à la tonique) : c’est une faute de goût indiscutable. Les thèmes sont d’une banalité exemplaire et les modulations échouent. Les violons semblent avoir oublié les altérations. Dans le presto final, la farce s’achève par un chaos polytonal tonitruant. Voilà donc l’humour « extrême » de Mozart.
HUMOUR SCATOLOGIQUE ET LANGAGE CRU
Assurément, Mozart ne dédaigne pas l’humour grossier, notamment dans sa correspondance privée, les lettres à sa famille (surtout à son père, mais également à sa mère, sa sœur…). Il emploie des expressions vulgaires et des jeux de mots osés. Ces traits, loin d’être anecdotiques, témoignent de son esprit libre et provocateur, souvent en rupture avec les conventions de son temps. Une lettre à sa cousine, Maria Anna Thekla Mozart (dont il est probablement amoureux), datée du 5 novembre 1777, illustre parfaitement cette tendance (« Lettres à Bäsle », diminutif souabe de « cousine »). C’est à Augsbourg que Mozart fait sa connaissance : elle a 19 ans…
Dans sa production artistique, on pense aux Canons scatologiques et, en particulier, au canon Leck mich im Arsch K. 231. La scatologie y est combinée avec des jeux de mots et des références sexuelles. Beaucoup d’explications ont été tentées à ce propos : infantilisme grossier, syndrome de la Tourette, troubles obsessionnels compulsifs… Rien ne paraît pourtant vraiment crédible. À sa mort, en 1798, Constanze envoie les lettres de son défunt mari aux éditeurs Breitkopf & Härtel, qui rassemblent à l’époque des documents dans l’espoir de préparer une biographie de Mozart. Elle leur écrit ceci : « Bien que d’un goût douteux, les lettres de Mozart à son cousin sont débordantes d’esprit et méritent d’être mentionnées, bien qu’elles ne puissent bien sûr pas être publiées dans leur intégralité ». Ce ne fut pas l’avis des fils de Mozart qui s’opposèrent à cette publication. Besoin de se défouler en faisant de mauvais jeux de mots, en accumulant les synonymes et en se jetant sur les allusions scatologiques ? Rappelons que le langage et les mœurs étaient assez libres. Même la mère de Wolfgang adressait, dans ses lettres à son époux, des remarques totalement analogues !
Nous conclurons avec cette phrase de Geneviève Geffray, traductrice d’un ouvrage captivant : Les sautes d’humour de Mozart père et fils, paru chez Payot en mai 2023.
On parle toujours des plaisanteries scatologiques de Mozart, […] mais on oublie son véritable humour, celui d’un artiste très conscient de sa supériorité : il l’exerçait pour peindre la société de son temps (aristocrates, musiciens, élèves…) ou pour décrire les inconvénients des voyages, comme le faisait d’ailleurs aussi son père Leopold. Ce sont là autant de sautes d’humour vachardes sur les ridicules du XVIIIe siècle. Elles se savourent comme un opéra bouffe et nous offrent une approche biographique originale sur un génie qui n’a pas fini de nous étonner.
INVENTIONS FARFELUES
La malice de Wolfgang se manifeste aussi dans des idées absurdes comme le « clavecin à chat ». Dans une lettre à son père, Mozart imagine un instrument farfelu où des chats miauleraient lorsqu’on appuie sur les touches du clavier. Cette idée illustre l’esprit fantasque et la capacité du compositeur à tourner en dérision les expériences scientifiques de son époque…
Mais pourquoi Mozart était-il si drôle ? Écoutez ce qu’en dit Geneviève Geffray dans un podcast sur France Musique.
Durée d’écoute : 6 min. Publié le 2 mai 2023.
Une vidéo incontournable pour comprendre l’humour chez Mozart (il faut avoir un peu de temps).
Durée de lecture : 29 min 23 sec.
Un regard médical sur Mozart et son historiographie ? Lisez ce remarquable article sur musicologie.org, par Lucien R. Karhausen.
Publié le 20 février 2006.
L’humour chez Rossini : vivacité, malice et théâtre bouffe
Rossini, quant à lui, incarne l’humour dans l’opéra avec une énergie pétillante et, osons l’anachronisme, un sens aigu de la comédie musicale.
Le personnage lui-même est truculent. Comme Mozart, il est très conscient de sa supériorité et fait très souvent la démonstration de son humour au détriment de ses contemporains. Le jeune Wagner est une cible facile : il en fera les frais. À ce propos, on se plaît à raconter cette anecdote fameuse : Rossini, à son piano, déchiffre une partition du jeune Wagner. Surpris par ce qu’il entend, un élève fait remarquer au professeur que la partition est posée à l’envers. « C’est une évidence, dit Rossini. J’ai bien tenté de la lire dans l’autre sens, mais c’était encore plus désagréable à l’oreille ! »
Ce champion de la procrastination était drôle, oui, et par ailleurs très émotif. Il raconte avoir pleuré deux fois dans sa vie : la première lors de l’échec de son Barbier de Séville (la première représentation est huée à Rome le 20 février 1816), la seconde lorsqu’il laissa tomber dans l’eau (lors d’une balade en barque sur la Seine) une superbe dinde truffée prévue pour le déjeuner.
Drôle, oui. Et toujours surprenant : à 37 ans, il cesse brutalement d’écrire des opéras, sans en expliquer la raison. Trop de contraintes ? Cela ne l’amuse plus ? Il n’arrêtera pourtant pas de créer…
Source : 49 petites histoires de la musique classique de Guillaume Benoît (@revisonsnosclassiques), pianiste et influenceur sur YouTube.
HUMOUR DANS L'OPÉRA BOUFFE
Rossini est passé maître dans l’art de la comédie lyrique. Il y mêle virtuosité vocale et situations comiques. Ses œuvres comme La Scala di Seta et Le Barbier de Séville regorgent de traits humoristiques, allant de la satire sociale à l’absurde, avec des personnages truculents et des scènes remplies de légèreté. Il utilise l’humour dans ses compositions principalement à travers une combinaison de traits comiques musicaux, d’ironie et de situations burlesques, souvent inscrits dans le genre de l’opéra bouffe et du dramma giocoso.
HUMOUR ET VIE MONDAINE
Sa jovialité et son amour de la bonne chère se reflètent dans son style musical, qui privilégie la dynamique et la surprise. Rossini sait tenir son public en haleine avec des effets comiques et des mélismes (*) acrobatiques qui ponctuent ses opéras d’une énergie irrésistible.
(*) Mélisme : ornement mélodique formé sur une syllabe en une série de notes brèves, voisines ou allant instantanément du très aigu au très grave, et produites spontanément par l’interprète. Le chant grégorien repose sur des mélismes. (Dictionnaire Le Robert)
SUBVERSION ET PROVOCATION
Comme Mozart, Rossini n’hésite pas à choquer ou à provoquer, notamment avec des œuvres censurées à cause de leur ambiguïté ou de leur humour scabreux.
Quelques modes d’expression de l’humour chez Rossini
- Le comique de situation et la satire sociale
Rossini exploite des scénarios burlesques et des personnages truculents issus souvent du quotidien bourgeois ou de la comédie italienne. C’est le cas dans L’Échelle de soie, où les situations cocasses abondent et où le ton léger et vif rappelle l’esprit des opéras de Mozart. Dans Le Comte Ory, il mêle ironie et dérision, par exemple en opposant une prière dévote parodiée à une chanson à boire joyeuse, jouant ainsi sur les contrastes et les clichés. - L’ironie musicale et la parodie
Rossini a l’habitude de prendre ses distances avec le style romantique ou médiéval qu’il évoquait en le traitant avec un humour subtil. Cette tendance se manifeste dans ses choix stylistiques et dans la manière dont il détourne les attentes du public, notamment dans ses opéras comiques. - L’humour proche de l’absurde
Dans certaines œuvres bouffes comme Il Turco in Italia, Rossini développe un humour proche de l’absurde. Ses personnages deviennent des caricatures. Dans certaines scènes, la musique elle-même devient un élément comique (usage d’onomatopées…). - Des effets d’instrumentation et des surprises rythmiques
Rossini utilise l’orchestre pour accentuer le comique, par des effets d’instrumentation brillants, des contrastes soudains et des surprises rythmiques, comme dans l’ouverture de L’Échelle de soie. - Des jeux de rôle et des travestissements scéniques
Le compositeur confie, par exemple, des rôles masculins à des mezzo-sopranos (comme le personnage d’Isolier dans Le Comte Ory), ce qui crée bien évidemment un comique de situation.
Et, décidément, les chats semblent avoir inspiré bien des compositeurs…
Durée de lecture : 2 min 36 sec
Vous découvrirez également dans des extraits du Comte Ory (qui vous sont présentés au concert) tout l’humour musical de Rossini qui se manifeste par des recettes spécifiques : frénésie, répétition d’un thème à l’infini, crescendo à n’en plus finir… Rossini, c’est « le prince des effets ».
Durée de lecture : 1 min 36 sec.
Publié le 21 janvier 2026 - Guy Declercq